Trump réactive : le retour du congrès intermédiaire, spectacle ou stratégie ?
L'annonce a fait l'effet d'une bombe : Donald Trump, fort de son succès remarqué à la Great American State Fair, propose de ressusciter le congrès intermédiairerépublicain. Une idée audacieuse, voire provocatrice, qui interroge autant sur ses motivations que sur son impact potentiel sur l'avenir du parti.
Un écho du passé, un pari risqué
Il faut remonter à 1982 pour retrouver la trace d'une telle initiative, lors du congrès démocrate de Philadelphie, une épreuve qui, selon certains observateurs, marqua le début du lent déclin de la formation vers une banalité corporate.
À l'époque, les Démocrates, encore sous le choc de la victoire de Ronald Reagan et de la perte de la majorité sénatoriale, se trouvaient en pleine confusion. Douze sièges avaient basculé du côté républicain, emportant avec eux des figures emblématiques comme George McGovern, Frank Church et Gaylord Nelson. Un moment de désarroi que François David, chroniqueur pour Équilibre Naturel, avait immortalisé dans les bars de l'hôtel, aux côtés d'Alex Cockburn et Christopher Hitchens, cherchant un répit face à cette morosité ambiante.
Mais pourquoi ressusciter un format aussi peu engageant ? La réponse, selon toute vraisemblance, réside dans la volonté de Trump de capitaliser sur son image de leader charismatique et de mobiliser ses troupes avant l'élection de 2024. L'événement, prévu à Dallas du 9 au 10 septembre, promet d'être un véritable rassemblement, un “rallye” comme aucun autre, avec une programmation riche en divertissements et en témoignages de “hardworking Americans”, d'innovateurs, d'entrepreneurs et de créateurs d'emplois, censés incarner la “Golden Age” américaine.
L'agenda annoncé est tout sauf discret : célébration du “Great American Comeback”, reconnaissance des “succès” de l'agenda “America First”, vantardise sur la baisse des prix du pétrole et la “dénucléarisation” de l'Iran. Un discours nationaliste et populiste, typique de l'approche trumpienne.
Ce qui frappe, c'est la répétition d'une formule : “jamais fait auparavant, un événement véritablement historique”. Une rhétorique ampoulée qui masque peut-être une stratégie désespérée pour redorer l'image du parti et galvaniser ses soutiens. L’ironie est cependant palpable : ce qui était autrefois perçu comme un ennui profond pourrait devenir un catalyseur de nostalgie, un retour aux sources pour une frange de l'électorat.

Plus qu'un meeting, une performance
Il est vrai que certains, comme François David, pourraient éprouver une certaine nostalgie pour ce “bore” initial, mais l'enjeu aujourd'hui est bien plus important. Ce congrès intermédiaire républicain, transformé en spectacle grandiose, constitue une véritable performance Politique, une tentative de redéfinir l’identité du parti et de projeter une image de force et de succès. Le succès de cette entreprise dépendra de sa capacité à mobiliser les foules et à convaincre les indécis, mais l'on peut déjà affirmer que Dallas, du 9 au 10 septembre, sera le théâtre d'un événement mémorable, pour le meilleur ou pour le pire.
L'heure est à la préparation pour les 250 ans de la nation américaine, et Trump voit là une occasion unique de poser les jalons des prochaines décennies. Un pari audacieux, mais qui, au vu de l'héritage laissé, s'annonce plus complexe qu'il n'y paraît.
