Girl, interrupted : le théâtre réveille les démon intérieurs
Le McLean Hospital, un lieu de confinement et d'observation, renaît sur les planches du Public Theater. Loin de la froideur d'un documentaire, la nouvelle adaptation théâtrale de Girl, Interrupted, le mémoire bouleversant de Susanna Kaysen, nous plonge au cœur d'une réalité trouble, où la folie et la lucidité se côtoient avec une intensité rare.

Une voix qui hante, des personnages qui explosent
En 1967, à l'âge de dix-huit ans, Susanna Kaysen est admise pour une tentative de suicide. Deux ans plus tard, elle nous livre un récit poignant de son séjour, un témoignage brut et désarmant sur la condition humaine. Ce récit, devenu un best-seller, a ensuite inspiré un film culte avec Winona Ryder et Angelina Jolie. Mais la scène apporte une nouvelle dimension à cette histoire, une intimité palpable.
Martyna Majok, dramaturge, a été captivée par la voix singulière de Kaysen, son humour noir et son regard acéré. Elle a su transposer sur le papier ce qui vibrait sur les pages du livre : des personnages complexes, des destins brisés, une galerie de femmes en quête de sens. Juliana Canfield, dans le rôle de Susanna, rend justice à la fragilité et à la force de cette jeune femme perdue. King Princess, quant à elle, incarne Lisa, la sociopathe charismatique, avec une présence magnétique.
Le décor, conçu par Jo Bonney, n'est pas seulement un lieu de représentation, mais une extension de l'esprit de Susanna. Il se fond dans ses pensées, ses angoisses, ses souvenirs. La musique, composée par Aimee Mann, tisse un fil narratif subtil, soulignant les moments de douleur et d'espoir. Les chansons, loin d'être de simples interludes, deviennent des confessions, des cris silencieux.
L'œuvre explore des questions fondamentales : qu'est-ce que la folie ? Qu'est-ce que la guérison ? Et quel est le lien ténu entre la créativité et la démence ? Le spectacle évoque, à travers une chanson poignante, des figures emblématiques comme Robert Lowell, Sylvia Plath et Ray Charles, interrogeant la frontière floue entre maladie mentale et génie artistique.
Ann James, l'intimacy coordinator, a joué un rôle essentiel dans la préparation de la troupe, les aidant à se défaire des rôles et à préserver leur bien-être émotionnel. Une démarche essentielle pour aborder des thèmes aussi sensibles avec respect et authenticité.
Mia Pak, qui interprète Grace, la colocataire de Susanna, souligne l'importance de donner une voix à ces récits souvent ignorés. Elle espère que le spectacle permettra au public de se connecter à des histoires qui résonnent avec leurs propres expériences, de comprendre et d'accepter la complexité de la condition humaine.
Girl, Interrupted n'est pas une simple adaptation théâtrale, mais une exploration profonde et bouleversante de l'âme humaine. Une œuvre qui nous rappelle que la folie n'est pas une absence de raison, mais une autre forme de lucidité.